Textes et articles

Nation noire

Le vendredi, 29 janvier 2010. dans Textes et articles

Nation noire

Ô toi! la douce, la douloureuse

Nation noire

La belle, la black au blue de la passion

Nation noire

Fille ébène de la Démocratie née rebelle

Nation noire

Née orpheline mais héritière du trône de l'Amour de la Liberté

Nation noire

Souveraine, misérable, magnifique

Nation noire

Nuit et Jour

Haïti

Nation noire trébuche

Nation noire

Nuit

Haïti tombe

Nation noire

Jour

Nation noire

Haïti se relève.

                                           Denis Pourawa

Magnitude 7

Le vendredi, 29 janvier 2010. dans Textes et articles

C’était hier

Et depuis nous voici

Dans l’étau de la terre

 

Suffoquant dans l’attente

Dans ce qui bloque les mains la voix

Hébétés sous le poids

 

Sans la respiration du ciel et du soleil

Quand ne reste plus que la tendre

Échelle des mots

 

Faut-il dans nos paroles

Puiser l’eau silencieuse

Quand l’œil hurle

 

Dire

Non à la braise des bribes consumées

Non au frémissement des sabres

 

Louer la patience

De qui pour être

N’a qu’un mètre

carré

 

Car vous voici

À la belle-étoile

Au bord des routes

Dans les friches

À même le sol

Dans un embrassement si familier

 

En ces jours où la Mort se jette

À la face des passants

Chacun presse le pas

 

L’impuissance au pied des gravats

Tonne sur tonne empilées

Tout ce qui fut haché cassé pressé

En des ensevelissements insurmontables

Gluant de puanteurs de cris

 

Mais vous chantez vous chantez

Le ventre vide et les dieux absents

Vous chantez

 

Plus haut que les 4 x 4 de la police

Au-dessus du casque des soldats

Le droit

 

D’aimer sans mesure

De croire en ce qui viendra

Cherchant

 

De-ci de-là

Dans la poussière retombée

Dans le murmure des ombres

Le frère la mère l’ami

 

Et vous dansez vous dansez

Et vos prunelles flambent

Chaque fois que vos  bras ligués

Arrachent un corps à la gangue

 

Cols de flanelle

Paupières battantes

Dans l’éclat retrouvé du mouvement

 

 

Je salue en toi Haïti

Cette foi plus vaste que la vie

Ou l’Histoire vengeresse

Qui vient et va sans cesse

Sans vous prendre jamais la jeunesse et la joie

 

Car il faudra revenir au jour

 

À la beauté des arbres

À la douceur du feutre

Au pays profond

Aux sentiers balayés des vents

 

Il faudra revenir au jour

 

S’abandonner au lavé des ruisseaux

Revenir au jour pour entendre

La parole du conteur

Se souvenir

 

Des promesses

De l’impossible retour

Alors que la terre s’ouvre

 

La ville violée d’un souffle

L’estoc des rochers

Cisaillant  l’espace

 

La rue éclate – fumées de talc

La mort au fond des gorges

Dans l’arrière des larmes

 

Masques et suaires

Mais à quoi bon serais-tu né

Si tu cédais

 

À quoi bon l’errance

Nos barques jamais amarrées

De Port-au-Prince à Nouméa

 

Haïti

Ton sang devenu rouge

Coule sur mes épaules

 

Sur la grève brouillée de ta poitrine offerte

Tout homme aujourd’hui

Te regarde

 

Alors

Une seconde fois je saluerai

Ton cœur vivant

Qui bat qui bat qui bat

 

Entre les branches

Dans la broussaille du fer

Comme une mer s’ébroue

 

Haïti

Me sois-tu pupilles vives

Car revoici la Nuit !

 

Pourtant tout vient à toi

De partout ils accourent

À ton livre expiré

 

Tout manque

Mais la vague arrive

Des quatre coins de la Terre

Des quatre coins de nous

Pour te redonner toit

Comme une rondeur de mangues

Après le fracas

 

Et la ville elle-même se lève

Non plus de pierre

Mais dans la fièvre qui la recommence

 

 

 

Frédéric Ohlen

Nouméa, le 23 janvier 2010.

Pour Haïti

Le mercredi, 27 janvier 2010. dans Textes et articles

Ce jour-là la nouvelle traverse l’océan

Sans que rien n’oppose résistance

L’île amie si souvent imaginée souffre

La terre vivant sa propre vie a tremblé

Sans que rien ne s’oppose à sa brutalité

Elle s’est ouverte elle frappe ses enfants

Ils saignent ils pleurent ils ont mal

Ils sont en leur île abandonnés du Monde


Ce jour-là la houle venue de l’antarctique

Projetait mille embruns sur mon visage

Une forêt de sapins dans mon dos mêlait

La mélodie de ses branches au tonnerre de l’océan

Cette même eau ce même vent bientôt seront

A vos portes amis de Port au Prince pour essuyer

Vos larmes apaiser votre douleur dire la présence prochaine

À vos côté des hommes et des femmes aimants


                                Nicolas Kurtovitch

Frankétienne a toujours raison

Le jeudi, 21 janvier 2010. dans Textes et articles

À Frankétienne et Marie-Andrée,
qui dorment, ce 21 janvier 2010, dans la cour de leur maison

Frankétienne a toujours raison,
Brigant cubique
Et volte-face reniflant
L’envie des femmes
Et le limon des terres
La secousse de la sienne
Tellurique et féconde
Déplace et dévore
Les grondements de la misère.
Maintenant vibre
l’en-dedans zinzamard,
Les pleurs du géant,
Désespoir de la prémonition,
Tout arrive
Quand le mépris dirige.

Frankétienne a toujours raison,
Pyromane en chef
Et gardien isocèle
D’un mur à crever
Les envies d’évasion.
La terre se replace
Dans son lit d’indifférence
Le géant pleure
Et le mur s’efface.
Reste pour rempart
La figure immense
Du barde debout,
Le poète est toujours vivant.
Son théâtre des ombres
Dit nos voix avenirs.

Frankétienne a toujours raison,
Ravageur triangulaire,
Son pieu en terre
Enfantera la matrice
Les savoirs et les verbes
Des enfants innombrables,
De ceux qui se perdent
Dans les replis boueux
Des ravines lisières.
D’une parole oblique
Grossira l’exigence
Qu’un peuple enfant du géant
Toujours dézinguera
La médiocrité cacochyme
Des oraisons analphabètes.

Gilles Colleu



Kenbe fò

Le samedi, 16 janvier 2010. dans Textes et articles

Vous tous
 
Les mots se sont absentés un moment de ma bouche, certains courent dans ma tête, je m’improvise ici, dérisoire….moi individu, mon esprit semble ne pas m’appartenir mais dépendre d’une chose plus grande que lui-même et que je me risque à nommer « nous ». « nous » me dépasse, je m’incline devant « nous », « nous » me charge la tête comme jamais, « nous » m’envahit et m’absorbe. Je ne m’étends pas.
Vous, mes amis, mes gens, je connais pour ainsi dire chacun d’entre vous, et nous sommes tous affectés ;  je vous dis : kenbe, kenbe, kenbe toujou, kenbe plis ankò, kenbe red, kenbe fò, kenbe tanpri, pa lage, pa janm lage….
Il faut tout mettre en œuvre, instamment, pour aider Haïti dans la situation d’urgence extrême dans laquelle elle se  trouve.
Faites tout ce que vous pouvez, tout ce qui est à votre portée et même plus, et plus encore, le désastre est lui sans limite, ne nous limitons pas….ce pays effondré que je vois l’était déjà au sens  mi figuré mi propre avant que la terre tremble, aujourd’hui nous sommes contraints de le regarder de nos propres yeux.
Chacun de nous peut où qu’il soit faire quelque chose. 
A tout ceux dont je suis sans nouvelles, si vous lisez ce message, dites moi juste un mot pour me dire que vous êtes des vivants. Merci
 
Men anpil chay pa lou,    lorsqu'on porte à plusieurs les charges sont plus légères
Jodi a chay la li lou, li telman lou…. Aujourd'hui c'est très lourd, c'est lourd à un point....
Fok gen anpil men       il faut que nous soyons nombreux
 
Anpil lanmou pou nou tout         beaucoup d'amour à tous
 
Kaltòn Rara